dimanche 27 octobre 2013

Luna Dolina - La dernière journée

C'est pas tout!  Après le party, il faut ramasser!


Elly croyait que ça prendrait 4 heures pour tout défaire.  "On a monté ce festival avec du fil de métal et des palettes.  Une vingtaine de personnes quatre heures, tout est à terre" qu'elle me dit pendant une soirée bien arrosée.  J'ai déjà été technicienne de scène, et, si je veux prévoir combien de temps un démontage va prendre, j'y vais plutôt avec un ratio, genre:  si ça a pris deux semaines à monter, ça va prendre 2 à 3 jours à descendre.

Malgré tout, Elly est formelle:  Lundi, 20 personnes.  On démonte tout.  On se garde le Chill-Out pour notre party lundi soir.  Mardi matin, tout est fini. Tout le monde peut y aller.


Malheureusement, ça ne s'est pas tout à fait passé comme ça.  Premièrement, pour des raisons de lendemain de veille, notre équipe de techniciens a été décimée.  Ceux qui restaient n'avaient plus beaucoup d'énergie non plus.  Les organisateurs étaient épuisés. 

C'est vrai que ça se coupe bien du fil de fer, mais, faut que ça se ramasse aussi.  Il y avait plein de cossins à démonter.  Il fallait ramasser toutes les cochonneries sur le terrain, tout trier et disposer correctement.  


En après-midi, l'installation de notre propre party nous redonne un peu d'espoir, mais pas de coeur à l'ouvrage.  Un par un, les volontaires oublient le démontage et transfèrent en mode "chill" en attendant le bar-b-q.

On déménage la pompe à bière dans le Chill-Out.  C'est plus pratique.



Et on a même de la visite..  Lunan!  On l'avait presque pas vu de la journée!  Sauf moi, ce matin, je l'ai vu avec sa nouvelle "maman".  J'ai posé quelques questions.  Va-t-il habiter en campagne ou en ville?  Va-t-il garder le nom de Lunan?  Oui.  Petit motton dans la gorge de penser qu'il part pour la Belgique et qu'on ne le reverra plus. 

Ce soir, il est arrivé avec une petite corde blanche en guise de laisse.  Ça m'a fait un choc de savoir qu'il va porter une laisse.   La Vie est faite d'Espoir et de nouvelles Aventures.   C'est mon souhait pour toi, Petit Lunan!  Une bonne famille et la possibilité de t'accomplir et de devenir un Grand Lunan, digne et rempli d'Espoir. 



Plus tard dans la soirée, au beau milieu du brouhaha,  Elly et son chum (qui est, lui aussi, un organisateur) endormis, enlacés, épuisés.



Cute!  :-)



 

 

Petit Festival deviendra Grand.


Party des volontaires, lundi soir.

Quelle expérience de travailler avec tous ces gens sur la deuxième édition de Luna Dolina!  La première édition n'ayant été qu'un très gros party aux dires des organisateurs.  Celle-ci commence déjà à prendre la forme d'un vrai festival.  Je viens de participer à quelque chose qui va devenir grand


le Chill-Out, samedi soir.

Quoi qu'il en soit, demain il faudra partir. Je ne reverrai probablement plus jamais la plupart de mes nouveaux amis, mis à part Raoul avec qui je continue mes aventures pour un ptit bout'. 

En attendant, une dernière nuit dans ma tente froide et je commence à avoir hâte de prendre une douche.


jeudi 24 octobre 2013

Crazy Raoul sur la scène de Luna Dolina 2013



Je crois vous avoir déjà dit que Raoul avait fait tout le chemin de la France jusqu'en Bulgarie à bicyclette pour apprendre la musique bulgare.  La semaine avant le festival, on lui a présenté un accordéoniste professionnel qui accepte de lui donner du temps.  Ce musicien devait justement se produire sur la scène de Luna Dolina et, à cinq minutes de préavis, Raoul est invité à aller le rejoindre pour jouer une chanson nouvellement apprise. 




Encore une fois, j'ai commencé par prendre quelques photos et j'ai enregistré la fin sur vidéo.

Bonne écoute!



mercredi 23 octobre 2013

The Feast of a Fool - Luna Dolina 2013

Un de mes amis de Luna Dolina, Nick Harris, fait une prestation mimique en public.  Il est accompagné par Raoul à l'accordéon.  J'ai commencé par prendre des photos, puis j'ai pris la fin en vidéo.  Bon visionnement!


vendredi 11 octobre 2013

Luna Dolina 2013 - Le Festival


Le festival va bon train.  Notre petit terrain de camping est plein à craquer et tout ce joyeux monde passe trois jours avec nous.  Il y a des ateliers pour divertir tout le monde, yoga plein-air, tir à l'arc, fabrication de savon artisanal.

L'après-midi, les campeurs profitent du soleil devant la scène.  Le soir, les locaux viennent festoyer dans le "chill-out area". 

Il y a de la sécurité au cas où des vieilles chicanes de villages, on sait jamais!  Mais tout le monde est cool, Bulgares autant que Gitans, Anglais, Belges et Québécois...


Le Québécois-Bulgare..


J'étais au bar (où je n'avais rien à faire d'ailleurs).  J'accompagnais Guillaume et Natacha dans leur "shift" de bar.  Un gars arrive, commande une bière (en anglais).  Rien de plus normal.  Il y a beaucoup de Britanniques sur le terrain.  Là où on s'est regardé assez bizarrement Guillaume et moi, c'est quand le gars a insisté pour laisser du "tip".  Mais "qu'est-ce que c'est que cet énergumène?" que je me suis dit, on dirait un Québécois à peine échappé de sa Belle Province (la cantine, j'parle).  Ici, en Europe, ça détonnait trop.
Il n'y a vraiment rien qu'un Québécois pour insister pour payer le salaire des employés en plus de sa bouffe.  

Bref, nous, on est des Volontaires et on n'a pas besoin de son "tip".  Guillaume refuse poliment.

Le gars demande à Guillaume d'où il vient et aussitôt qu'il entend la France...  Ça n'en prenait pas plus pour qu'on se présente.  Il me montre sa casquette.  "Tu m'avais pas reconnu? qu'il me dit.  J'avais ma casquette des Canadiens!"   Mouhahahahah!  J'avais même pas remarqué.   :-DDDD  hihihihi.

Comme je n'étais pas de service, on a jasé de tout et de rien pendant deux soirs. On venait de deux mondes différents.  Un gars de "truck" avec une casquette des Canadiens.  Une hippie avec son puncho tricoté main. Lui et moi, on se serait croisé quelque part au Québec, on se serait jamais parlé.  On aurait pas su quoi se dire.  Mais ici, à des kilomètres away de la Mère-Patrie, on avait tous les points communs de la Terre.  On avait une langue pour se parler et une culture pour se comprendre.  Ça n'en prenait pas plus pour qu'on soit en bonne compagnie.
Le Chill-Out en soirée.

Les Français capotaient rien qu'à l'entendre parler.  C'était comme d'écouter le doux chant d'un bûcheron.

N'empêche qu'on a passé de belles soirées à "chiller" ensemble, très cher Québécois-Bulgare.  J'souhaite que tu réussisses à donner à ta vie la direction que tu veux lui donner.  Tout peux prendre du temps pour se faire.

 

Les gourmandises de Lunan..


Holly, Nick et Lunan.



Pendant ce temps-là, un petit chien son entrée dans le Grand Monde.  Il commence à sortir de la cuisine tout seul et aller "guidouner" parmi les convives du festival.  Il a vite compris que, juste parce qu'on est un petit chien "cute", les gens nous donne de la bouffe. Et voilà Lunan qui se dandite toute la journée parmi la foule tout en se remplissant le bedon.
Le samedi soir, Holly et Grace trouvent Lunan, souffrant, dans la cuisine, le ventre prêt à exploser.  En consensus, dimanche matin, on décide de ne plus laisser personne lui donner de la bouffe.  Au régime, Monsieur le Gourmand!

Le Vagabond.

Et, parlant de Lunan.. 


On lui a trouvé une famille adoptive.  Ce sont des amis d'amis belges qui vont le prendre.  Ils sont prêts à remplir toutes les procédures (passe-port, vaccins, etc.) et l'emporter avec eux en voiture en Belgique.  Lunan va bientôt devenir un petit chien belge comme Milou.

Je lui souhaite tout plein de bonnes aventures.


Les miennes continuent jusqu'à Ovchi Kladenets avec Raoul.  En attendant, restez à l'affût.

À venir sur mon blog, les vidéos de deux événements marquants du festival:

1-  The Feast of a Fool, une performance clownesque par mon ami Nick Harris, accompagné à l'accordéon par Crazy Raoul.

2-  Raoul (et son professeur) sur la scène de Luna Dolina.

À bientôt.

mercredi 9 octobre 2013

Intermède musical avec Raoul


Luna Dolina 2013 - Let the party begin!

The bar is open!  - "The French team"


Vendredi après-midi.. 

Il reste des petits touch-up ici et là.  Raoul est en train de finir son oeuvre-d'art pendant que les premiers campeurs arrivent.

L'entrée sera gratuite pour les gens des deux villages voisins.   



 Même si, nous, les volontaires, on a des shifts de travail, on a quand même le temps de profiter de la fête et de s'amuser un peu.  Vendredi, je suis "on duty", mais je participe quand même au tam-tam jam d'ouverture et je danse en soirée sur notre beau plancher de danse en gazon.  :-)



L'ambiance est chill et les gens sont relax. 

L'atmosphère est parfaite et le soleil est au rendez-vous.
Le plancher de danse.


Le cinéma plein air.

Plancher de danse qui, en fait, est un plancher d'écoute et de chill, mais l'important est que les gens s'amusent.

Le bar at night.

Le chill-out en soirée.

La question de Lunan..

"Mais qu'est-ce qu'on va faire de Lunan?"


"S'il vous plait, ne m'abandonnez pas!"


"On ne te laissera jamais tomber, Lunan!"


"Allez, danse, Lunan!  J'te lâche pas.  On va te trouver une famille."


Luna Dolina 2013 - la deuxième semaine


Je ne pouvais pas choisir meilleur "timing" pour revenir de vacances.  Ils venaient tout juste d'installer la bière en fût et c'était le temps de l'essayer.  Cheers!!

C'était une fin de journée ensoleillée où tout le monde est content (de son travail, de ses vacances, de tout ce que la vie peut offrir).  J'ai pu constater tout l'ampleur du travail qui avait été fait pendant mon départ.  Ce qui a de bien avec ce type de travail, c'est que plus on avance, plus ça va vite et plus ça parait. 

On avait installé des auvents au-dessus du bar et de la scène et on avait commencé à décorer le tout.
 



Ça commençait à prendre forme. 

Heureusement, parce qu'il ne restait plus que 3 jours avant le début du festival.

L'atmosphère était au mieux.  Tout le monde était heureux et content de travailler les uns avec les autres. 

Raoul en profita pour nous annoncer qu'il avait trouvé un nouvel endroit pour aller juste après le festival.  Il allait dans une petite fermette qui s'appelait:  Le Frog Shadow farm, à Ovchi Kladenets. 

"Top-là!  Mon homme!  On s'en va à la même place!"   Ce fut un grand moment.  On était vraiment content de continuer un petit bout de voyage ensemble.  On pouvait parler français et on s'entendait vraiment bien.


Lunan..


Pendant ce temps, dans tout ce brouhaha, un petit chien grandissait dans la cuisine, encore un peu peureux, encore un peu timide, mais commençait malgré tout à s'affirmer.  Il apprenait peu à peu à mordiller, à japper.  Comme un petit enfant, il testait parfois sa voix.  Il devenait un vrai petit chien et nous faisait rigoler.  Mais il ne sortait presque jamais de son plein gré de la cuisine.  C'était son domaine, son chez-soi, l'endroit où il se sentait en sécurité. 

Nous nous sommes tous mis d'accord pour le sortir de la cuisine le plus souvent possible.  On savait tous qu'il y aurait une vie après ce festival et qu'il n'habiterait pas dans une cuisine extérieure toute sa vie.  Il fallait qu'il apprenne à découvrir le monde.  Aussi, à chaque fois qu'un de nous le pouvait, il l'invitait à nous suivre sur le terrain.  Lunan suivait à petits pas et aussitôt qu'il n'était plus stimulé, il rebroussait chemin et retournait de lui-même à sa cuisine chérie. 

La question de son avenir est vite devenu un point d'intérêt commun entre tous les volontaires.  Nous aimions tous sincèrement ce petit chien.  Raoul le premier.  Il était son papa.  Mais, il fallait revenir à la réalité.  Raoul voyageait à très petit budget.  Sa bicyclette était cassé et, un petit chien, ça représente de grosses responsabilités. Ce n'est pas toujours accepté dans les autubus et les trains.  Ça complique les choses, même en auto-stop.  Ça prend des permis et des vaccins pour traverser les frontières.  C'est pas si facile qu'on pense, adopter un petit chien.  Ça demande beaucoup plus que de la nourriture et de l'Amour.

Des solutions étaient proposées:  Les soeurs Holly et Grace étaient prêtes à l'adopter, mais elles repartaient pour Londres quelques jours après le festival et le chien devrait rester quelques semaines de plus en Bulgarie.  Rien n'était parfait.  Malgré tout, on était tous confiant qu'il y aurait une solution.  Personnellement, je croyais que ça valait le coup de l'amener à Ovchi Kladenets et voir si nos futurs hôtes pourraient peut-être l'adopter.  Peut-être que Lunan deviendrait-il un Frog Shadow dog?  On sait jamais.


Quelques photos des projets qui avancent...

Ça, c'est Zoé qui fabrique des binnes de recyclage en broche à poule.  En théorie, je devrais être en train de l'aider, mais de toute évidence, je suis en train de prendre une photo.  ;-)
Kino, écrit en bulgare.  Ça veut dire:  Cinéma.  C'est l'entrée de notre cinéma plein air.



Il reste encore des signes et des affiches à fabriquer.  Ici, Grace à la peinture.

Nick est en train de se fabriquer un environnement très spécial.  Il fera un petit spectacle clownesque (The Feast of a Fool) pendant le festival. 

Morning sunshine!  Grace est un petit rayon de soleil.  Quel beau sourire!






Intermède à Varna

Petit déj sur la terrasse de l'auberge.  C'est fou tout ce qu'on peut faire avec des palettes!



Mis à part une petite saucette dans la mer Noire, les principaux attraits de Varna étaient surtout la douche, l'Internet et la bonne compagnie.  J'avais prévu aller à Roussé toute seule, mais j'ai préféré suivre les copains.






Grâce à Internet, j'ai pu trouvé mon prochain hôte. Parce qu'il y aura une vie après ce festival, aussi bien se préparer toute suite.  J'irai donc dans une petite fermette du sud de la Bulgarie tout de suite après le festival.  Le village s'appelle Ovchi Kladenets.  La ferme s'appelle:  Le Frog Shadow farm.  On s'en reparle.

Varna, ville portuaire.

Grafitti: les bibittes mangeuses de bicyclettes.

Un bon repas assis à une vraie table et sur des vraies chaises avec un vrai bon verre de vin, ça n'a pas de prix.  Cheers!

mardi 8 octobre 2013

Luna Dolina 2013 - la première semaine

Train de nuit de Istanbul à Stara Zagora. Me faire réveiller 3 fois par les douaniers (une fois pour sortir de Turquie, une autre fois pour inspection sommaire des bagages et la troisième pour entrer en Bulgarie.) Arrivée au petit matin, la gentille dame (qui parle un peu anglais) et qui travaille au terminus d'autobus de Stara Zagora n'a jamais entendu parler du village où je veux aller. Après quelques recherches, elle finit par me mettre dans un autobus et me dit que je changerai d'autobus à Razgrad. Elle me met entre les mains d'un chauffeur qui, à son tour, demandera à une dame de me conduire à une autre, et de mains en mains, je m'approche de mon but. À un certain point, vu les faces qu'on me fait, j'ai presque l'impression qu'on ouvre une nouvelle route pour moi exprès.  Et ça ne me surprendrais pas tant que ça.

Premier choc culturel bulgare:  Pour dire oui, ils balançent le menton de gauche à droite et pour dire non, ils hochent la tête. J'avais lu ça avant de venir en Bulgarie, mais le lire et le vivre, c'est pas la même affaire. Je commence à en prendre conscience. Ça peut être assez déroutant, merci!

On était rendu fin après-midi et je somnolais dans le bus quand le conducteur s'est arrêté sur le bord du chemin, m'a fait débarqué et m'a pointé ce que la pancarte m'indiquait déjà: "Voditsa, par là!". L'autobus est reparti, me laissant seule sur le T d'une route.

Patiemment, j'ai remis mon gros sac sur mon dos, et mon autre plus petit sur le devant. J'étais partie avec 40 lbs (environ 20kg) du Québec il y a 5 jours. J'imagine que je les avais encore. Plus un bon gros kilo de loukoums* que j'avais achetés la veille à Istanbul. 

* bonbons turcs
Bonne affaire de fait'! Je suis arrivée au village. Maintenant, le prochain défi, c'est de demander mon chemin parce que je sais pas où je vais et je parle pas la langue. J'ai bien le numéro de téléphone de mon hôte, mais j'ai pas de téléphone. Je cherche le site d'un festival (Luna Dolina) qui aura lieu dans deux semaines. J'espère qu'il est déjà affiché ou que les gens du village pourront m'informer. Sinon mon hôte habite au prochain village, Osikovo, à 8 km de là. En désespoir de cause, c'est là que je me dirigerai.

Les premières personnes que je rencontre sont deux petites vieilles qui placotent. De vraies petites vieilles comme il s'en fait plus par chez nous. Je leur demande "Luna Dolina". Elles se mettent à se consulter en Bulgare. Je ne comprends rien mais je m'amuse à deviner ce qu'elles disent. Je vois surtout que leur conversation n'aboutira nulle part. Je leur donne le nom de mon hôte en espérant qu'elles le connaissent et que ça va sonner une cloche. Pas de chance!. Je leur montre le nom et le numéro de téléphone en espérant quand même un peu qu'elles prennent le téléphone et appellent. Mais ça aurait été trop facile.

Je finis par voir un signe qui pointe vers Osikovo, 8km et décide de prendre cette direction. Les petites vieilles sont terrorisées à cause du chargement de mon sac-à-dos. Je ne m'occupe plus d'elles. Est-ce qu'elles pensaient que j'allais me rouler en boule sur le bord du chemin et me laisser mourir juste pour des détails insignifiant comme ne pas savoir où je vais, ne pas parler la langue du pays et avoir 40 lbs sur le dos et possiblement 8 km à marcher avant la tombée de la nuit. D'ailleurs, quelle heure pourrait-il bien être? D'après moi, moins de deux heures avant le coucher du soleil.

Peu importe. Un pas à la fois. Je verrai tout ça au fur et à mesure.

Je demande "Luna Dolina" à une autre dame dans son jardin et elle confirme que je vais dans la bonne direction.  Cool!

Et là, ça monte! Une belle route en pente constante avec une inclinaison d'environ 20 degrés. Un sacrée bonne pente, finalement! Le paysage est superbe et le sac-à-dos pesant. Je prends une pause et vide ma bouteille d'eau. Au moins, celle-là ne pèsera plus.

Je continue mon chemin, et soudain, j'entends un cri vers ma droite. Peut-être est-ce un animal, mais, au loin dans la vallée, j'aperçois deux homo-sapiens qui me font des grands signes avec les bras. Puis un autre cri, mais cette fois, accompagné de syllabes: "Are you coming for the Festival?".   Touché!

Trop assoiffée et fatiguée pour crier, je me mets tout simplement à descendre dans leur direction et si j'avais pas porté si lourd, je me serais certainement mise à gambader.

Lentement je fais la connaissance de l'équipe..


Je visite d'abord la cuisine (ou ce qui allait la devenir). Ce n'est encore qu'un auvent caché derrière quelques buissons. J'y rencontre deux ravissantes soeurs presque jumelles qui sont en train de construire un four en boue.


À peine arrivée, on me dit qu'il y a un jeune Français sur le site qui sera ravi de pouvoir communiquer dans la langue de Molière.  En effet, Raoul, un jeune accordéonniste arrivé la veille, vient de traverser l'Europe à bicyclette pour venir apprendre la musique bulgare en Bulgarie.  Deux jours plus tard, arrivera encore un couple de Français, Guillaume et Natacha.  À nous quatre, nous formerons le "French team".  As opposed to the English team, puisque la plupart des organisateurs et des autres volontaires viennent du Royaume-Uni.  On compte aussi un couple de Belges et, bien sûr, quelques Bulgares dans notre formation.

Il est quand même intéressant de constater que même dans la Bulgarie rurale la plus reculée, les Anglais et les Français dominent encore.  LoL.

Le terrain est une prairie déséchée parsemée de bouses de vaches à différents degrés de décomposition. Rien de bien impressonnant, en réalité.  Pas un endroit où j'aurais pu penser organiser un festival de musique.  Le seul service de base sur le terrain est une source d'eau potable.  Un point d'eau vital où les vaches viennent boire à tous les jours (d'où les bouses).  Néanmoins, je trouve un petit bout de terrain plat et libre de bouse, assez grand pour installer ma tente. J'évite de justesse un passage de fourmis. Des centaines de fourmis circulant dans la même direction sur une route de 20 cm de largeur, c'est quand même impressionnant.  Trente minutes plus tard, je revois passer les fourmis en direction inverse, chacune transportant un oeuf au-dessus de sa tête.

Après souper, conversations autour de la table.
On est environ 7 volontaires le premier soir à camper sur le site.   L'équipe grandira rapidement.  Dans la deuxième semaine, on sera une quinzaine de volontaires, une dizaine d'organisateurs, plus des artistes locaux qui peindront des murales.  Chacun son tour, quelqu'un s'offre pour faire la cuisine.  Généralement, il prend un assistant.  Faire la popotte végétarienne en plein air pour une trentaine de personnes, ça fait beaucoup de légumes à couper.

Lunan, une petite fleur à la boutonnière.




Parmi tout ce joyeux monde se camoufle encore un personnage très important dans cette histoire, la véritable mascotte de notre festival. La veille, lors de son arrivée, Raoul a trouvé un tout petit chiot noir. Un petit être abandonné, tout sale et plein de pustules. Les soeurs presque jumelles Holly et Grace l'ont lavé et soigné. Raoul a décidé de l'adopter. Il s'appelera Lunan. En l'honneur de festival, mais aussi parce que Luna, c'est un nom de fille et que Lunan, ben, c'est un p'tit gars.


Chantier et volontariat..

Le "chill-out" avant d'être "chill".
Le lendemain, Elly me fait visiter le site.  Dans ce coin là, il y aura un cinéma plein air. À l'endroit où est ma tente, ce sera les restaurants et juste en face, les kiosques avec des choses à vendre. Là, le bar. Là, la scène. Là-bas, les toilettes. Et ici, dans ce joli petit sous-bois, le "chill-out area": il y aura des hamacs, des tapis, des coussins, des décorations, de l'éclairage et un système de son indépendant. Plus haut, dans le bois, le terrain de camping.

Wow! Tant de choses à faire!

Au début, on est encore assez mal organisé.  Pas de savon, pas de papier de toilettes.  Tant de frustrations quand on vient donner de son temps gratuitement.  Surtout qu'on n'a même pas de douches, ni de vrais lits, ni de vraies toilettes.  On dort dans des tentes, on mange assis par terre, on lave la vaisselle avec de la cendre.  Ça marche, mais il est de la responsabilité de nos hôtes de pourvoir à un confort relatif.  Ça fait partie de l'entente de base en ce qui concerne le volontariat.  Entente que je n'avais pas lu d'ailleurs, puique j'apprends qu'on attend de moi que je travaille 5 à 6 heures par jour, 5 jours semaine.  Wow!  C'est beaucoup!   C'est 30 heures par semaine sans salaire, sans appartement, sans Internet, sans confort.  Je réalise que je raisonne en salariée syndiquée calculatrice, mais je n'y peux rien.  J'arrive à peine de ce monde civilisé chez qui tout est mesuré et calculé.  Je calcule encore un peu.  Je ne demande pas un statut de princesse, mais comme on me demande de donner 5 à 6 heures de ma sueur par jour, j'aimerais ça quand même avoir un peu de savon en retour.  

Ça me passe par la tête d'aller voir ailleurs si j'y suis et de trouver des hôtes que je considérerais plus équitables, mais ma petite voix intérieure me dit de rester.  Et, en plus, je veux voir ce putain de festival.  Alors, je fait fi des inconvénients.  Et au fil des heures et des jours, nos organisateurs nous organisent.  Ils apportent papier de toilettes, savon à vaisselle, savon, et toutes sortes de petites affaires qui viennent nous faciliter un peu la vie.  Parallèlement, on se rend compte que personne ne nous fouette.  Il y a du travail à faire, mais on prend des pauses quand on veut, on arrête quand on veut et on travaille à notre rythme.

Pendant deux semaines, on vit ensemble, on mange ensemble, on se réveille ensemble et on travaille ensemble.  Une fois de temps en temps, Raoul nous joue une petite toune d'accordéon.  Le reste du temps, on placote, on rit, on joue avec Lunan.


Nettoyage de terrain, création et installation de pancartes, creusage de trous, les jobs ne manquent pas.  Tout le monde est occupé.  Puis tout à coup, un tracteur vient porter quelque chose sur le terrain.  Ça fait assez de bruit dans la prairie qu'on est tous attirés par la curiosité.

Arrive une vieille caravane pleine de trous sur le terrain.


Juste à côté, une belle pile de palettes.  Et Elly dit: "On va faire un bar avec ça."

Elly, il n'y a rien qui l'arrête.  Elle peut tout faire avec les moyens du bar.  Avec trois fois rien, un vieil outil, un peu de jugeotte, elle fait des miracles.  Et c'est une vraie de vraie leader.  Elle nous explique, elle nous montre et, ensuite, elle le fait avec nous.




Si bien qu'à la fin de la deuxième journée, la caravane n'était pas plus belle, mais elle était camouflée par un beau comptoir de palettes.

Et le comptoir était déjà en train d'être peinturluré de toutes les couleurs.

J'en étais venue à être contente de donner mon temps à Luna Dolina, mais ma semaine de travail s'achevait là et il était temps de prendre deux petites journées de congé bien méritées.

Je suis allée à Varna avec Guillaume et Natacha.  La plage, le soleil, la mer Noire.

À suivre...