Train de nuit de Istanbul à
Stara Zagora. Me faire réveiller 3 fois par les douaniers (une fois pour
sortir de Turquie, une autre fois pour inspection sommaire des bagages
et la troisième pour entrer en Bulgarie.) Arrivée au petit matin, la
gentille dame (qui parle un peu anglais) et qui travaille au terminus
d'autobus de Stara Zagora n'a jamais entendu parler du village où je
veux aller. Après quelques recherches, elle finit par me mettre dans un
autobus et me dit que je changerai d'autobus à Razgrad. Elle me met
entre les mains d'un chauffeur qui, à son tour, demandera à
une dame de me conduire à une autre, et de mains en mains, je m'approche de mon but. À un certain point, vu les faces qu'on me fait, j'ai presque l'impression
qu'on ouvre une nouvelle route pour moi exprès. Et ça ne me surprendrais pas tant que ça.
Premier
choc culturel bulgare: Pour dire oui, ils balançent le menton de
gauche à droite et pour dire non, ils hochent la tête. J'avais lu ça
avant de venir en Bulgarie, mais le lire et le vivre, c'est pas la même
affaire. Je commence à en prendre conscience. Ça peut être assez
déroutant, merci!
On était rendu fin après-midi et je somnolais dans le bus quand le conducteur s'est arrêté sur le bord du chemin, m'a fait débarqué et m'a pointé ce que la pancarte m'indiquait déjà: "Voditsa, par là!". L'autobus est reparti, me laissant seule sur le T d'une route.
Patiemment,
j'ai remis mon gros sac sur mon dos, et mon autre plus petit sur le
devant. J'étais partie avec 40 lbs (environ 20kg) du Québec il y a 5
jours. J'imagine que je les avais encore. Plus un bon gros kilo de
loukoums* que j'avais achetés la veille à Istanbul.
* bonbons turcs
* bonbons turcs
Bonne
affaire de fait'! Je suis arrivée au village. Maintenant, le prochain
défi, c'est de demander mon chemin parce que je sais pas où je vais et
je parle pas la langue. J'ai bien le numéro de téléphone de mon hôte,
mais j'ai pas de téléphone. Je cherche le site d'un festival (Luna
Dolina) qui aura lieu dans deux semaines. J'espère qu'il est déjà
affiché ou que les gens du village pourront m'informer. Sinon mon hôte
habite au prochain village, Osikovo, à 8 km de là. En désespoir de
cause, c'est là que je me dirigerai.
Les
premières personnes que je rencontre sont deux petites vieilles qui
placotent. De vraies petites vieilles comme il s'en fait plus par chez
nous. Je leur demande "Luna Dolina". Elles se mettent à se consulter en
Bulgare. Je ne comprends rien mais je m'amuse à deviner ce qu'elles
disent. Je vois surtout que leur conversation n'aboutira nulle part. Je
leur donne le nom de mon hôte en espérant qu'elles le connaissent et que
ça va sonner une cloche. Pas de chance!. Je leur montre le nom et le
numéro de téléphone en espérant quand même un peu qu'elles prennent le
téléphone et appellent. Mais ça aurait été trop facile.
Je
finis par voir un signe qui pointe vers Osikovo, 8km et décide de
prendre cette direction. Les petites vieilles sont terrorisées à cause
du chargement de mon sac-à-dos. Je ne m'occupe plus d'elles. Est-ce
qu'elles pensaient que j'allais me rouler en boule sur le bord du chemin
et me laisser mourir juste pour des détails insignifiant comme ne pas
savoir où je vais, ne pas parler la langue du pays et avoir 40 lbs sur
le dos et possiblement 8 km à marcher avant la tombée de la nuit.
D'ailleurs, quelle heure pourrait-il bien être? D'après moi, moins de
deux heures avant le coucher du soleil.
Peu importe. Un pas à la fois. Je verrai tout ça au fur et à mesure.
Je demande "Luna Dolina" à une autre dame dans son jardin et elle confirme que je vais dans la bonne direction. Cool!
Et là, ça monte! Une belle route en pente constante avec une inclinaison d'environ 20 degrés. Un sacrée bonne pente, finalement! Le paysage est superbe et le sac-à-dos pesant. Je prends une pause et vide ma bouteille d'eau. Au moins, celle-là ne pèsera plus.
Je continue mon chemin, et soudain, j'entends un cri vers ma droite. Peut-être est-ce un animal, mais, au loin dans la vallée, j'aperçois deux homo-sapiens qui me font des grands signes avec les bras. Puis un autre cri, mais cette fois, accompagné de syllabes: "Are you coming for the Festival?". Touché!
Trop
assoiffée et fatiguée pour crier, je me mets tout simplement à
descendre dans leur direction et si j'avais pas porté si lourd, je me
serais certainement mise à gambader.
Lentement je fais la connaissance de l'équipe..
Je visite d'abord la cuisine (ou ce qui allait la devenir). Ce n'est encore qu'un auvent caché derrière quelques buissons. J'y rencontre deux ravissantes soeurs presque jumelles qui sont en train de construire un four en boue.
À
peine arrivée, on me dit qu'il y a un jeune Français sur le site qui
sera ravi de pouvoir communiquer dans la langue de Molière. En effet,
Raoul, un jeune accordéonniste arrivé la veille, vient de traverser
l'Europe à bicyclette pour venir apprendre la musique bulgare en
Bulgarie. Deux jours plus tard, arrivera encore un couple de Français,
Guillaume et Natacha. À nous quatre, nous formerons le "French team".
As opposed to the English team, puisque la plupart des organisateurs et
des autres volontaires viennent du Royaume-Uni. On compte aussi un couple de Belges et, bien sûr, quelques Bulgares dans notre formation.
Il est quand même intéressant de constater que même dans la Bulgarie rurale la plus reculée, les Anglais et les Français dominent encore. LoL.
Le
terrain est une prairie déséchée parsemée de bouses de vaches à
différents degrés de décomposition. Rien de bien impressonnant, en
réalité. Pas un endroit où j'aurais pu penser organiser un festival de
musique. Le seul service de base sur le terrain est une source d'eau potable. Un point d'eau vital où les vaches viennent boire à tous les jours (d'où les bouses). Néanmoins, je trouve un petit bout de terrain plat et libre de
bouse, assez grand pour installer ma tente. J'évite de justesse un
passage de fourmis. Des centaines de fourmis circulant dans la même
direction sur une route de 20 cm de largeur, c'est quand même
impressionnant. Trente minutes plus tard, je revois passer les fourmis
en direction inverse, chacune transportant un oeuf au-dessus de sa tête.
| Après souper, conversations autour de la table. |
On
est environ 7 volontaires le premier soir à camper sur le site.
L'équipe grandira rapidement. Dans la deuxième semaine, on sera une
quinzaine de volontaires, une dizaine d'organisateurs, plus des artistes
locaux qui peindront des murales. Chacun son tour, quelqu'un s'offre
pour faire la cuisine. Généralement, il prend un assistant. Faire la
popotte végétarienne en plein air pour une trentaine de personnes, ça fait beaucoup de légumes à couper.
| Lunan, une petite fleur à la boutonnière. |
Chantier et volontariat..
| Le "chill-out" avant d'être "chill". |
Wow! Tant de choses à faire!
Au
début, on est encore assez mal organisé. Pas de savon, pas de papier
de toilettes. Tant de frustrations quand on vient donner de son temps
gratuitement. Surtout qu'on n'a même pas de douches, ni de vrais lits,
ni de vraies toilettes. On dort dans des tentes, on mange assis par
terre, on lave la vaisselle avec de la cendre. Ça marche, mais il est
de la responsabilité de nos hôtes de pourvoir à un confort relatif. Ça
fait partie de l'entente de base en ce qui concerne le volontariat. Entente que
je n'avais pas lu d'ailleurs, puique j'apprends qu'on attend de moi que
je travaille 5 à 6 heures par jour, 5 jours semaine. Wow! C'est
beaucoup! C'est 30 heures par semaine sans salaire, sans appartement,
sans Internet, sans confort. Je réalise que je raisonne en salariée
syndiquée calculatrice, mais je n'y peux rien. J'arrive à peine de ce
monde civilisé chez qui tout est mesuré et calculé. Je calcule encore
un peu. Je ne demande pas un statut de princesse, mais comme on me
demande de donner 5 à 6 heures de ma sueur par jour, j'aimerais ça quand
même avoir un peu de savon en retour.
Ça
me passe par la tête d'aller voir ailleurs si j'y suis et de
trouver des hôtes que je considérerais plus équitables, mais ma petite
voix intérieure me dit de rester. Et, en plus, je veux voir ce putain de festival. Alors, je fait fi des inconvénients. Et au fil des heures et
des jours, nos organisateurs nous organisent. Ils apportent papier de
toilettes, savon à vaisselle, savon, et toutes sortes de petites
affaires qui viennent nous faciliter un peu la vie. Parallèlement, on se rend compte que personne ne nous
fouette. Il y a du travail à faire, mais on prend des pauses quand on
veut, on arrête quand on veut et on travaille à notre rythme.
Pendant deux semaines, on vit ensemble, on mange ensemble, on se réveille ensemble et on travaille ensemble. Une fois de temps en temps, Raoul nous joue une petite toune d'accordéon. Le reste du temps, on placote, on rit, on joue avec Lunan.
Nettoyage de terrain, création et installation de pancartes, creusage de trous, les jobs ne manquent pas. Tout le monde est occupé. Puis tout à coup, un tracteur vient porter quelque chose sur le terrain. Ça fait assez de bruit dans la prairie qu'on est tous attirés par la curiosité.
Arrive une vieille caravane pleine de trous sur le terrain.
Juste à côté, une belle pile de palettes. Et Elly dit: "On va faire un bar avec ça."
Elly, il n'y a rien qui l'arrête. Elle peut tout faire avec les moyens du bar. Avec trois fois rien, un vieil outil, un peu de jugeotte, elle fait des miracles. Et c'est une vraie de vraie leader. Elle nous explique, elle nous montre et, ensuite, elle le fait avec nous.
Si bien qu'à la fin de la deuxième journée, la caravane n'était pas plus belle, mais elle était camouflée par un beau comptoir de palettes.
Et le comptoir était déjà en train d'être peinturluré de toutes les couleurs.
J'en étais venue à être contente de donner mon temps à Luna Dolina, mais ma semaine de travail s'achevait là et il était temps de prendre deux petites journées de congé bien méritées.
Je suis allée à Varna avec Guillaume et Natacha. La plage, le soleil, la mer Noire.
À suivre...
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