(1e jour) les-montagnes-de-rila-du-monastere-de.html
(2e jour) les-montagnes-de-rila-de-ribni-ezera
(3e jour)
Je traine de la patte, en matinée. Je suis en panne d'énergie et de motivation et je prends une mini-pause à tous les 20 pas. Je m'appuie le menton sur mon bâton de pèlerine que j'ai trouvé à Makedonia et je regarde le paysage une trentaine de secondes avant de me remettre à marcher en soupirant. La première heure de la journée est pénible. Je suis découragée d'avoir à marcher toute la journée. J'aimerais être déjà rendue. Mais je suis seule dans la montagne et je n'ai pas vraiment le choix d'avancer. Marche ou crève!
Après une heure de marche, j'arrive à un croisement. Il y a un panneau indicateur, mais il est tombé par terre. Ah, c'est pratique!! Comment faire maintenant pour savoir où je vais? Je ne prends même pas la peine de le ramasser. Je décide de continuer tout droit. Je retrouve mes balises jaunes. J'imagine donc que je suis dans la bonne direction.
Plus tard, je me dis que j'aurais quand même dû essayer de le soulever et de diriger Makedonia dans la direction d'où je venais. Ça m'aurait donné les autres directions. Parfois, j'ai de très bonnes idées. Elles viennent juste un peu trop tard.
Tant pis, je continue d'avancer. Et le courage finit par me revenir de façon naturelle et, avec ça, une vitesse de croisière relativement convenable. Je prends des pauses, mais sans exagérer. J'ai quand même un horaire à respecter. Je dois être au monastère avant la tombée de la nuit (17h20).
Quand même en fin d'après-midi, je me dis que je dois commencer à approcher. Chaque fois que j'arrive en haut d'une colline ou d'un vallon, j'espère voir le monastère, mais tout ce que je vois, c'est une autre colline ou un autre vallon à descendre et à remonter.
À 16h40, je commence à m'inquiéter. Je suis partie tôt, ce matin et je devrais déjà être arrivée. En plus, je manque d'eau. J'ai rempli ma gourde à Makedonia, mais ça fait longtemps que j'ai tout bu et je n'ai pas trouvé d'autre source d'eau sur le chemin.
17h00, je sais maintenant que je vais devoir bivouaquer, mais quelque chose me dit d'avancer encore un peu plus. Ce n'est plus l'espoir d'arriver avant le coucher du soleil, mais j'ai juste un pré-sentiment qu'il y a quelque chose pour moi au sommet du prochain vallon... une surprise, peut-être!
Et, soudain, la vallée immense s'étend devant moi. Au loin, je vois des villages et des villes. Ils sont tous beaucoup trop loin pour être atteints avant la tombée de la nuit, mais au moins je sais que je ne suis pas perdue. Demain, je n'aurai qu'à descendre. Ce sera mon maigre réconfort pour la nuit.
En attendant, je dois dormir dehors et j'ai un peu peur du froid.
Tout le monde sait que j'adore dormir à la belle étoile. Je suis du genre à monter ma tente et dormir à côté.
Mais au mois de novembre, en montagnes!!!! Brrrrrr...
Je mets toute ma bouffe dans ma housse de sleeping bag et je vais l'accrocher dans un arbre plus loin. J'ai pas envie qu'un sanglier vienne voir ce que j'ai de bon à bouffer. C'est surtout le fromage qui m'inquiète. Tout à coup qu'il préfère la viande! Euh, la viande, c'est moi! Ahhhhhhhh!!!!
Bon, arrêtons de penser à ça. Je sors mon attirail. J'ai mon sleeping bag et mes deux couvertures. Je trouve deux grosses branches de sapin déjà coupées. Je les dispose avec mon parapluie ouvert pour me faire un abri anti-vent. Et je mets TOUS mes vêtements. J'ai deux paires de gros bas de laine. J'ai deux paires de combines avec mes pantalons. J'ai un t-shirt, une chemise, deux chandails de laine et mon manteau North Face. Je mets tout, ainsi que mes deux capuchons et je m'installe dans mes couvertures. Il ne me reste que mon sac-à-dos rempli d'objets durs (caméra, bouteille d'eau) en guise d'oreiller, mais c'est mieux que rien. Pour l'instant, je n'ai pas froid, mais la nuit va venir vite et je veux être prête. Si je suis chanceuse, il va faire la même température qu'hier. Je me souviens que j'ai fait du feu pour rien à Makedonia.
Au-dessus de moi, le ciel allume ses étoiles une par une. Ça promet un beau spectacle. Dans la vallée, en bas, les villes s'illuminent aussi. Je me demande si c'est pas le monastère que je vois sur ma droite.
Je me demande ce que je devrais faire si j'ai la visite d'un sanglier. Courir? Impossible de sortir rapidement de mes couvertures. Il a le temps de me manger avant. Je pense que je devrais me mettre en boule dans mon sac de couchage et faire la morte. Ma deuxième option serait d'essayer de lui faire peur avec ma grosse voix autoritaire. Ça marche souvent avec les chiens, mais avec un sanglier... pas sûre.
Bref, la fatigue m'emporte et je m'endors.
Encore une fois, c'est beaucoup moins pire que ce que je pensais. Le froid est soutenable. Je me réveille quelques fois la nuit pour changer de côté (toujours toute une histoire pour que toutes mes couvertures suivent le coup) et masser quelques membres refroidis, mais ça ne m'empêche pas de dormir. Une de mes couverture est chaude, mais aérée. Elle me permet de protéger mon visage du froid tout en me laissant respirer de l'air frais. Pour être franche, je suis au paradis.
De plus, aucun sanglier n'est venu voir qui j'étais, je trouve que c'est une très bonne nouvelle.
Au petit matin, je regarde le ciel se teinter de bleu et de rose, puis je me lève. Pas très loin de moi, il y a des petites patchs de neige que je n'avais pas remarquées la veille. A-t-il vraiment fait si froid?
Peu importe! Non seulement, j'ai survécu, mais je suis dans une forme extraordinaire.
Je ne tarde pas à me mettre en marche avec beaucoup plus d'énergie que la veille.
Le plan de départ est simple et facile. La vallée est droit devant. Je vais descendre (tout droit devant) jusqu'au premier village rencontré et trouver un guichet bancaire et un autobus. Rien de plus facile.
Mais les sentiers de montagnes ne sont jamais en ligne droite. Celui-ci bifurque vers la droite. Et à la première intersection, même si toute ma raison me dit que la vallée est droit devant ou, du moins, vers la gauche pour ré-équilibrer le tir. C'est vers la droite que mon instinct veut aller.
J'hésite un peu, mais l'expérience m'a appris que mon instinct a plus souvent raison que la logique. Je décide donc de tourner à droite. Bonne décision!
Ça ne fait même pas une demi-heure que j'ai levé le camp et j'arrive à une fermette de montagne.
Merveilleux! J'ai besoin d'eau et de direction. Et je rêve d'un café et peut-être même à déjeuner.
Je cogne. C'est une femme dans la cinquantaine qui me répond. Je sais dire: "De l'eau S.V.P." en Bulgare. Elle me fait entrer.
Ça fait maintenant 48 heures que je n'ai pas vu âme qui vive (à part quelques oiseaux de montagnes.) Elle ne parle pas un mot d'anglais. Avec quelques photos, des cartes, du papier et un crayon, on placote pendant près d'une heure et demie. Elle me parle de sa famille, je lui raconte mon voyage.
Elle m'offre du café. Elle revient avec une portion de pouding au riz et de la tarte aux oeufs. Mmmmmhh.. Délicieux! Des féculents, des protéines et beaucoup de sucre. Voilà qui va me donner de l'énergie pour continuer.
Je reprends ma route, ragaillardie, avec 4 pommes dans mon sac-à-dos et ma gourde pleine d'eau.
Quelques heures plus tard, je suis arrivée en auto-stop au monastère et J'ai pris l'autobus pour Sofia.
...
C'est plus tard en regardant la carte que j'ai compris ce que j'avais fait. Ça ne pouvait pas être le monastère que j'avais vu la veille en m'endormant. Le monastère était déjà loin derrière moi. Le panneau indicateur tombé, c'est là que je m'étais trompée de direction. Au lieu de prendre le chemin vers le monastère (un jour de marche), j'avais marché toute la journée en direction de la ville de Rila (deux jours de marche).
Je suis revenue en autobus à Sofia, épuisée mais heureuse, avec le sentiment d'avoir accompli quelque chose de grand et d'avoir repoussé un peu plus mes propres limites.
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