vendredi 8 novembre 2013

Les montagnes de Rila - du monastère de Rila à Ribni Ezera


Il fait beau.  On annonce de la température formidable pendant une semaine encore et après... ce sera l'hiver.

C'est le temps ou jamais pour aller dans les montagnes de Rila!  J'aimerais bien y passer 3 ou 4 jours.

Je laisse mon gros sac-à-dos à l'auberge de Sofia. Je ne prends que mon petit, mais il déborde littéralement.  J'ai deux couvertures minces mais chaudes, roulées et "strappées" de chaque côté.  J'ai aussi mon sac de couchage à l'intérieur et le plus de vêtements chauds possible.  Avant de partir, je fais quelques provisions:  des noix, des raisins secs, un bloc de fromage et une demi-baguette de pain.

J'ai regardé la météo sur internet.  On annonce beau et ensoleillé pour plusieurs jours.  Il fera 0 en haut et 18 degré Celsius en bas de la montagne.  Le coucher de soleil sera à 17h20.

Mon point de départ est le monastère de Rila. 

Je prévoyais passer la première nuit au monastère, mais c'est plein.  Ça m'oblige à prendre une chambre d'hôtel (deux fois plus cher) et je me rends compte que je suis partie avec très peu d'argent liquide.  J'ai bien ma carte de guichet, mais dans les montagnes, c'est pas très utile.  Qu'à cela ne tienne, au petit matin, je pars.

Ma première étape sera un refuge de montagne qui s'appelle Ribni Ezera. C'est tout près des sept lacs.  Toute la journée, je suivrai un sentier balisé en jaune.  Si le code de couleur est le même qu'en Autriche, ça va comme suit:

  •     Vert:  C'est les sentiers de "matante", avec très peu de dénivellation et sur une chaussée sinon asphaltée, peut-être en fin gravier.  Ça peut se faire en gougounes (flip flop).
  •     Jaune:  Une dénivellation quand même assez douce, une chaussée relativement uniforme, peut être parsemée de plus grosses pierres souvent évitables.  Un soulier de marche est quand même recommandée.  
  •     Rouge:  Beaucoup plus sportif.  La dénivellation est marquée et le sentier, accidenté, peut présenter divers obstacles.  On peut avoir à enjamber de grosses roches.  Une bonne bottine de randonnée qui tient bien la cheville est recommandée.
  •     Bleu:  On oublie ça.  Il peut y avoir des tronçons dangereux. On ne s'embarque pas là-dedans sans être accompagné d'un guide de montagne.  On peut avoir besoin d'équipement d'escalade.

 

La montée.


Mon sentier est donc assez facile (moi, les sentiers verts, ça m'endort, j'prends jamais ça).  Il monte en pente douce et constante et forme un demi-ovale (comme la paupière supérieure d'un oeil) sur la carte. 

Il fait beau.  Je monte tranquillement mais sûrement en altitude et mon seul souci, c'est de décider quel trajet de retour je ferai demain.  Mon intention première était de passer 3 ou 4 jours en montagnes, mais je réfléchis en paresseuse et pense retourner direct au monastère demain.



Sur la carte, j'ai vu qu'il y a un sentier "pointillé noir" qui forme une autre demi-courbe (comme la paupière inférieure de l'oeil).  Ainsi je ferais une boucle complète (en forme d'oeil), je dormirais au monastère en revenant.  J'aurais passé 4 nuits là-bas, 2 jours en montagnes.  Ce serait pas pire, que je me dis. 

Sauf que, le hic, c'est que les sentiers "pointillés noir" sont NON-BALISÉS.  C'est dangereux de s'y perdre.  En plus, il semble suivre la crête d'une montagne et je ne connais pas le niveau de difficulté.  Ce pourrait tout aussi bien être l'équivalent d'un sentier bleu.  Je m'informerai au refuge.


Je questionne sérieusement l'utilité de tout le bric-à-brac que je traine.  Mon sac est lourd sur mes épaules.  S'il continue à faire beau comme ça, ai-je besoin d'autant de vêtements chauds?  Si je ne reste que 2 jours en montagnes, ai-je vraiment besoin de tous ces raisins secs?  Et surtout:  si les refuges fournissent des lits et couvertures, ai-je vraiment besoin de trainer les miennes?

Il y a deux raisons pour lesquelles, j'ai pris mes couvertures avec moi.  La première, c'est ma mère.  Elle m'a appris le dédain.  J'essaie de me débarrasser de cette manie, j'y arrive parfois.  Mais j'ai toujours cette crainte de dormir dans des couvertures sales.  Bon, ça fait deux mois que je n'ai pas lavé mes couvertures, mais, ça, c'est ma crasse à moi.  Ça compte pas.

La deuxième, c'est par prudence.  On est en novembre, en haute montagne et en basse saison.  Si je me perds et je me vois obligée de dormir dehors, ces couvertures-là peuvent me sauver la vie.  Même chose pour mon parapluie que j'ai apporté, même si la météo annonce du temps splendide.  Il est léger et solide et peu faire un formidable coupe-vent.


Malgré tout,  une part de moi se demande si je ne traine pas mon malheur avec moi.  Trop de prudence est parfois synonyme de manque de confiance.  La Vie me fera-t-elle avoir raison en me donnant l'occasion de dormir dehors et d'utiliser tout mon tralala?  Ça reste à voir.


Le refuge est formé de plusieurs bâtiments décrépis pris en sandwich entre deux lacs magnifiques.

 

Au refuge.


J'arrive à Ribni Ezera environ une heure avant le coucher du soleil. 

Il n'y a personne à mon arrivée.  Tout est ouvert sauf quelques pièces au rez-de-chaussée.  En basse saison, les refuges de montagne sont souvent laissés ouverts pour les randonneurs.  Ça m'intimide de monter à l'étage, mais il y a des petits chalets à l'extérieur qui sont remplis de lits, de couvertures et d'oreillers.  Je choisis un lit et m'installe pour la nuit. 

Il commence à faire froid.  Je mets presque tous mes vêtements.  Si j'ai froid pendant la nuit, il y a deux couvertures de laines sur chaque lit.  Je peux m'ensevelir sous une grosse pile de couvertures si je veux.  Ça ne me fait pas peur.

Je sors profiter des quelques instants de clarté.  Dans la cour, deux chevaux sont apparus, encore scellés et attachés à un poteau.  Des gens sont arrivés et d'autres arrivent au loin.  En tout, trois hommes et quatre chevaux.  Je suis un peu méfiante.  J'avais espéré passer la nuit seule, mais je n'ai plus le choix, je m'adresse au premier homme (dans la soixantaine).  Je lui demande s'il est en charge de l'auberge..  "oui".  Je lui dis que je me suis installée dans un chalet.  Il me fait signe de m'installer dans le refuge sinon je vais avoir froid.  Je ne réponds pas et j'hésite encore.  Je retourne à mon chalet.  Je les laisse arriver et décharger leur affaires.  Les deux autres hommes semblent être ses fils.

Quelques minutes plus tard, le père revient me chercher et m'invite à le suivre.  Il me fait visiter une chambre où il a installé un petit chauffage électrique.  Il commence déjà à faire chaud.  J'avoue que je serais mieux ici.  Et de toute façon, avec ou sans chauffage, ça va me couter 15 levs pour la nuit.  Je retourne chercher mes affaires et déménage.

Je rencontre un des fils.  Il est à peu près de mon âge. La première chose que je remarque de lui est la douceur et la bienveillance dans son regard.  Dans un très mauvais anglais, il m'invite à venir partager leur repas quand je serai installée.

Je ne sais pas si j'ai l'énergie pour communiquer en langage international, ce soir, mais j'imagine qu'il va falloir que je la trouve.

La chose qui m'intéresse le plus dans l'auberge, c'est la carte.  Je découvre des sentiers que je n'avais pas encore remarqués.  Mon horizon s'élargit et de nouvelles possibilités s'ouvrent à moi.  Il y a un sentier ROUGE qui part de Ribni Ezera et se rend à Makedonia.  De Makedonia, il y a encore deux autres jours de marche pour retourner à la ville de Rila où je peux prendre un autobus pour revenir à Sofia.

Ce trajet-là m'intéresse.  Je n'ai qu'un seul problème:  il ne me reste que 22 levs en argent liquide.  Si chaque hébergement me coute 15 levs et le prochain guichet est à Rila, je risque de passer une nuit dehors.

Un des frères est parti.  Je soupe avec Vladimir et son père, ce soir.  Ma première impression était bonne, Vladimir est très gentil.  En plus, il est beau.  (Je peux-tu passer la semaine ici?  ;-)  Je regarde son alliance et fais une grimace intérieure.  Son père est un peu rustre dans ses manières, mais tout aussi gentil.  Le père connait deux mots en Allemand:  "sehr gut".  Vladimir parle un peu l'Italien.  On complète avec l'anglais et mes quelques mots de Bulgare.

Je lui demande pour le sentier en pointillé noir.  Il me fait une grimace douteuse.  Je savais bien que c'était pas une très bonne idée.  Par contre, il m'encourage à prendre le chemin pour Makedonia.  J'hésite encore à cause de mon problème d'argent liquide.

Vladimir hausse les épaules:  "Peut-être qu'il n'y aura pas de problèmes."  me dit-il avec un sourire.

Il a tellement raison.  

Je m'inquiète pour l'argent.   Pouhahahahaha!   :-D   En y repensant, je suis morte de rire. 
Si au moins je savais ce qui m'attendait!

L'argent, c'est le plus petit de nos problèmes!   Le Bonheur réside dans le dépassement de soi.  Vous croyez que vous avec besoin d'argent pour vivre?  Vous croyez qu'on a été mis sur la Terre pour avoir de l'argent, des grosses maisons, des gros chars, et des télévisions? 

La Vie n'est pas un jeu de Monopoly et ce n'est pas le plus riche à la fin qui gagne. 

Et pour se dépasser, mieux vaut ne pas avoir la facilité de l'argent.  Un des premiers chemins du Bonheur, à mon avis, est le renoncement.  "Je renonce à tout ce que je possède."  Voilà qui est difficile à dire.  Et pourtant!  Renoncer, c'est aussi se Libérer.

Vue de ma chambre, au petit matin.
  

8h30 du matin, je prends la direction de Makedonia.

(Et là, le fun commence.)





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